Telle le reflux des marées l'histoire inlassablement se répète…
Introduction du jeu Secrets of Mana
Il y a un peu plus de treize mois j'ai vécu ma nuit la plus longue, lorsque je me suis retrouvée « enfermée dehors » de mon studio à cause d'un oubli de mes clefs.
Vendredi midi, l'histoire s'est répétée. Mais de même que chaque marée a ses petites particularités, l'histoire change à chaque variante. Cette fois-ci, les clefs n'étaient pas oubliées sur mon lieu de travail rendu inaccessible par l'heure tardive ; elles étaient simplement à l'intérieur du studio, rendu inaccessible par la porte du palier.
Je croyais cette porte incapable de claquer. Je l'avais même écrit dans le commentaire n°7 dudit billet :
[…] le pêne demi-tour semble être mal placé, du coup j'ai l'impression qu'il est impossible de fermer la porte en la claquant.
Impossible pour moi, car je n'ai effectivement jamais réussi à la claquer sans que le penne bloque la fermeture, mais manifestement pas impossible pour un courant d'air.
Je me souviens après la nuit la plus longue, je m'étais dit : « Jamais plus jamais », et j'ai ajouté à mon sac à main mes outils de serrurerie (d'ailleurs je suis un peu arrivé à leurs limites, quelqu'un aurait une adresse pour s'en procurer des un peu plus « pro » ?). Sauf que voilà, il ne faut jamais dire « jamais ». Les outils étaient bien dans mon sac à main, et mon sac à main étaient bien dans mon studio. Comme avant, les outils à moins d'un mètre de moi, mais du mauvais côté de la porte. Si ça ce n'est pas le Destin qui se fout ouvertement de ma gueule…
Sur les conseils de mon père, je suis allée demander aux gens pas loin qui avaient l'air de travailler dans un atelier ou quelque chose comme ça, s'il n'auraient pas des outils qui ressembleraient à ça :
parce que pour manier le penne demi-tour d'une serrure à gorge il ne doit pas y avoir besoin de plus.
Ils ont gentilment accepté de m'aider. J'ai su que c'était en train de partir en latte quand j'ai vu les outils avec lesquels ils sont revenus : un réglet, un couteau, une pince multiprise et un marteau. J'ai déjà vu des objets exotiques être utilisés pour crocheter, mais ça, ça ne m'a pas rassurée du tout. Ah ben oui, le crochetage « ça n'existe que dans les films américains », évidemment. Je suis une fille, qui appelle à l'aide en plus, donc je n'y connais rien en technique. Évidemment.
J'ai une fois de plus constaté durement à quel point je maîtrise mal les relations humaines. Bon, je n'imagine pas vraiment que le rôle de demoiselle en détresse soit le meilleur pour contrôler le mâle qui vient rouler des mécaniques, mais j'ai quand même la très nette impression qu'avec un minimum de bon sens social j'aurais pu mieux le canaliser que ça.
Par chance, son collègue était plus modéré, il a su le maîtriser, et il n'y pas eu de dégât.
Le risque de tout casser n'était cependant pas suffisant à les faire abandonner, du moins sans essayer le plan B : ils m'ont sorti une caisse plein de clefs pour serrues à garnitures ou à gorges, et une pince. « Il suffit de trouver la bonne et de forcer un peu. » J'ai bredoiller quelque chose du genre que je préfèrerais ne pas forcer, mais bon, il n'y a pas pire sourd que qui est persuadé de sa supériorité technique. En plus, je n'ai pas eu droit au collègue modéré pour ce plan B, donc j'ai fait mine de me lasser et de me résigner rapidement.
Après avoir abandonné ce plan B, il a eu une remarque qui m'a marquée : « C'est dommage que je n'ai pas réussi à vous aider, j'aurais pu me faire payer un café. » Je ne sais pas trop expliquer comment, mais j'ai senti dans son ton et dans son regard que ce n'était pas juste échanger un service contre un café. J'espère me tromper, ce qui est d'autant plus facile que je sais à quel point je suis socialement inepte. Ma réaction intérieure était plutôt le soulagement de me savoir loin d'un individu tellement « forceur » et si peu fin.
Malgré toutes ces considération sociales, j'étais alors quand même complètment démunie du mauvais côté de ma porte d'entrée. En dehors du crochetage, le seul moyen d'ouvrir cette porte sans rien casser, c'était de se procurer un jeu de clefs. Or le seul jeu de clefs qui n'était pas du mauvais côté de la porte était chez mon copain, à vingt minutes de bus.
Mon père a pu rassembler 4 € de la monnaie qu'il avait, ce qui réglait le problème des tickets de bus. Il m'a prêté son natel pour que je puisse communiquer avec mon copain. D'ailleurs je ne remercierai jamais assez maître Eolas de (m')avoir rappelé l'intérêt de mémoriser des numéros de téléphone (au deuxième paragraphe). Je n'étais pas aussi à poil qu'un gardé à vue, mais presque : ce n'est pas des bouts de tissus sur le dos qui permettent de contacter qui que ce soit. Sans ce billet, je ne me serais jamais intéressée au numéro de mon copain, et je n'aurais eu personne à contacter pour faire face à ma porte claquée.
Mon copain a du peu prévenir le gardien de son immeuble que j'allais lui demander des clefs, j'ai eu les clefs de mon copain, j'ai pris mon double chez lui, j'ai rendu les clefs au gardien, et je suis rentrée chez moi. Et j'ai réussi à me retenir percevoir me regardaient bizarrement avec ma tenue plutôt légère (mais quand même sortable, enfin je crois) et mes chaussons (ça ne s'est d'ailleurs pas joué à grand chose que je sorte pieds nus).
3.80 € pour une porte qui claque, je trouve que je m'en tire plutôt bien sur le plan financier. L'heure et demie que ça m'a coûté me semble nettement plus exorbitant, surtout par rapport à une solution si rapide et efficace juste de l'autre côté de la porte ou probablement aussi dans cet atelier ; d'un autre côté, je doute que l'appel à un serrurier pour ouvrir la porte ou pour remplacer une serrure forcée prenne moins de temps.
Donc finalement, tout est bien qui finit bien, et le progrès par rapport à la nuit la plus longue est vient de l'humain et non de l'outil, ce dont je pourrais me flatter.
Reste deux interrogations en suspens :
- Qu'est-il arrivé à la subtilité ? (mais d'autres l'ont déjà évoquée avant moi)
- Pourquoi donc n'y a-t-il pas de poignée extérieure sur les portes d'entrée !? Quelle utilité qui n'est pas écrasée par les inconvénients cela peut-il bien avoir ?






























